Christine Carrington et Lubaki Zantoko
Direction générale de la petite entreprise et du tourisme
Industrie Canada
Cet article, qui repose sur la base de données détaillée du Programme de recherche sur le financement des PME, en particulier l'Enquête sur le financement des petites et moyennes entreprises de 2004, présente le profil des entrepreneurs canadiens en région rurale, puis examine les besoins et pratiques de financement propres aux PME rurales et les compare avec ceux des PME urbaines.
Tendance démographique dans les régions rurales du canada
Depuis 1921, la population vivant en région rurale au Canada n'a jamais dépassé celle vivant dans les centres urbains. Même si les régions rurales ont connu une croissance démographique naturelle modérée depuis, celle-ci n'a pas égalé le rythme rapide de la croissance dans les régions urbaines (figure 1)Note 1. En 2006, seulement 20 % des Canadiens vivaient en région rurale.

De nombreux facteurs contribuent à l'urbanisation du Canada. Selon des études, il y a une tendance stable à l'émigration dans de nombreuses régions rurales, principalement de la part des jeunes vivant en région rurale (Fellegi, 1996). On observe un exode des jeunes des régions rurales depuis 1971, ces derniers se rendant dans les centres urbains pour y suivre des études ou acquérir une expérience de travail (Tremblay, 2001). Tout au plus, seulement 39 % de ces jeunes retourneront dans leur collectivité rurale dix ans plus tard (Dupuy et coll., 2000). En 2001, les professions non spécialisées étaient nettement plus nombreuses dans les régions principalement rurales, tandis que les professions en gestion et les professions libérales se concentraient davantage dans les régions principalement urbaines (Alasia et Magnusson, 2005). Les titulaires de diplôme sont plus nombreux dans les grandes villes qu'en région rurale. Cette situation peut poser problème aux entreprises rurales qui ont besoin d'une main-d'oeuvre qualifiée.
On observe également une tendance chez les immigrants à s'installer dans les centres urbains canadiens plutôt qu'en région rurale. En 2001, les immigrants représentaient 18 % de la population canadienne et 89 % d'entre eux vivaient en région urbaine (Beshiri et Alfred, 2002). Cette tendance importante a nui aux entreprises rurales puisqu'on estime que 70 % de la croissance de la population active au Canada entre 1991 et 2001 est attribuable aux immigrants.
D'importants changements se produisent également sur le marché de l'emploi rural. Traditionnellement, l'emploi dans de nombreuses régions rurales était grandement tributaire des entreprises évoluant dans le secteur des ressources naturelles. Comme on le mentionnera plus loin dans le présent article, les progrès technologiques et l'automatisation changent la façon dont le travail est effectué dans ces industries, en particulier en agriculture. Le secteur agricole supprime des emplois puisque les travailleurs sont progressivement remplacés par des machines (Mwansa et Bollman, 2005). D'après le recensement de l'agriculture de Statistique Canada, le nombre d'exploitations agricoles diminue au Canada, ayant chuté de 11 % en cinq ans entre 1996 et 2001.
Entrepreneuriat rural
En 2004, il y avait 392 000 PME établies en région rurale, soit 28 % des PME canadiennes, dont le nombre est estimé à 1,4 million. Cette proportion est légèrement plus élevée que la proportion de la population canadienne vivant en région rurale (20 %) (tableau 1). Ceci donne à penser que les Canadiens vivant en région rurale sont plus nombreux à travailler à leur compte que ceux vivant dans les centres urbainsNote 2.
Le tableau 1 montre qu'un plus de la moitié des PME des provinces de l'Atlantique se trouvent en région rurale, proportion qui coïncide avec la part de population vivant en région rurale (46 %). Dans toutes les régions, les proportions de PME rurales sont plus élevées que les proportions de population vivant en région rurale.
La figure 2 présente la répartition des PME établies en région rurale à travers le pays. Les Prairies comptent la proportion la plus élevée, avec 36 %, suivies du Québec (24 %), de l'Ontario (21 %), des provinces de l'Atlantique (11 %) et de la Colombie-Britannique (8 %).

En 2004, les PME établies en région rurale affichaient un chiffre d'affaires annuel combiné de 216 milliards de dollars, par rapport à 623 milliards de dollars pour les entreprises situées en région urbaine. Les PME rurales représentaient donc 26 % du chiffre d'affaires total des PME canadiennes en 2004.
Comme on le voit à la figure 3, les PME établies en région rurale sont, en moyenne, en activité depuis un peu plus longtemps que les entreprises situées dans les centres urbains. Environ 77 % des PME rurales exerçaient leurs activités depuis plus de cinq ans en 2004, par rapport à seulement 67 % des PME urbaines. Ceci pourrait signifier qu'entre 1999 et 2004, le taux de démarrage d'entreprises en région rurale a accusé un léger retard par rapport aux régions urbaines (4 % par an, en moyenne, en région rurale par rapport à 6 % en région urbaine). Selon des études antérieures portant sur la période allant de 1993 à 1996, le taux de démarrage d'entreprises était également moins élevé dans les collectivités de petite taille que dans les grandes (Mendelson, 1999).

Si l'on exclut les entreprises évoluant dans le secteur agricole, le profil d'âge des entreprises en région rurale se rapproche toutefois de celui des entreprises en région urbaine. Les PME agricoles et, plus précisément, les exploitations agricoles familiales, sont généralement en activité depuis plus longtemps que les entreprises des autres secteurs. En fait, moins de 15 % des PME agricoles avaient été établies après 1999.
Croissance des entreprises et obstacles perçus
Il peut s'avérer difficile pour les entrepreneurs d'établir et de faire prospérer une entreprise. Les entrepreneurs ruraux, en particulier ceux des régions éloignées, se heurtent probablement à des obstacles supplémentaires comme la distance accrue jusqu'aux marchés et aux services aux entreprises. La figure 4 présente les obstacles à la croissance de l'entreprise perçus par les PME en région rurale et celles en région urbaine. Si l'on compare les obstacles relevés par les PME en région rurale et celles en région urbaine, on observe de nombreuses similarités : recrutement de travailleurs qualifiés, accès au financement, instabilité de la demande des consommateurs et capacité de gestion. Les taux d'imposition sont considérés comme le plus grand obstacle tant par les PME établies en région urbaine que celles établies en région rurale, tandis que la capacité de gestion constitue l'obstacle le moins grand. Ces constatations sont similaires à celles faites par St-Pierre et Beaudoin (2002). Les PME rurales semblent plus préoccupées que celles des régions urbaines par les obstacles suivants : taux d'imposition, primes d'assurance, piètre rentabilité et réglementation gouvernementale.

Note 1 La croissance démographique naturelle (accroissement naturel) se produit quand le nombre de naissances est supérieur au nombre de décès.
Note 2 La densité d'entreprises mesure le nombre d'entreprises dans une population divisé par le nombre d'habitants. Selon le recensement de Statistique Canada effectué en 2006 et les données du Registre des entreprises, 6 % des Canadiens vivant en région rurale sont propriétaires d'une PME, par rapport à 4 % de ceux vivant en région urbaine.
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