
Patrick Huot, Industrie Canada
Christine Carrington, Industrie Canada
Les petites entreprises jouent un rôle essentiel dans la croissance économique. Des études récentes menées par Industrie Canada (Parsley et Dreessen, 2004) et d'autres organisations ont permis de cerner un petit groupe de petites et moyennes entreprises (PME) qui ont contribué de façon disproportionnée à la croissance de l'emploi au Canada. Ces entreprises très performantes, souvent appelées « petites et moyennes entreprises à forte croissance », sont à l'origine de la création nette de près de 1 million d'emplois sur environ 1,8 million créés au Canada entre 1985 et 1999.
Selon une autre étude récente (Fischer et Reuber, 2002), les PME à forte croissance offrent de grandes possibilités au chapitre des bénéfices, mais elles représentent par ailleurs un risque financier important. Pour que ces PME demeurent un élément moteur de la croissance, il est important dans la perspective de la politique publique de comprendre les défis et les obstacles auxquels elles se heurtent lorsqu'il s'agit de maintenir leur croissance. Le présent profil, qui est fondé sur la base de données la plus complète sur le financement des petites entreprises, présente les principales caractéristiques de ces PME à forte croissance, les tendances en matière de financement et les obstacles financiers possibles.
Sommaire des résultats clés
Petit nombre d'entreprises, grande contribution à l'économie
En 2001, 17 % des PME canadiennes (plus de 305 000 entreprises) étaient considérées comme étant à forte croissance, comparativement à 12 % en 2000. Selon une étude antérieure menée par Industrie Canada (Parsley et Dreessen, 2004), les entreprises à hyper ou à forte croissanceNote 1 (7 % des entreprises) ont été à l'origine de la création nette de près de 1 million d'emplois sur environ 1,8 million créés entre 1985 et 1999. Les petites entreprises à forte croissance représentent une faible proportion de l'ensemble des PME, mais elles fournissent une contribution considérable à l'économie canadienne.
Source : Statistique Canada, Enquête sur le financement des petites et moyennes entreprises, 2001.
Réparties dans toutes les régions du pays
La répartition des PME à forte croissance dans les différentes régions reflète la structure des économies régionales du Canada. Ces entreprises étaient réparties dans toutes les régions du pays (voir la figure 1), avec une concentration supérieure en Ontario et au Québec. La part totale des PME à forte croissance dans ces deux provinces (62 %) était légèrement plus élevée que celle des autres PME (57 %). Un rapport antérieur (Industrie Canada, 2003) indiquait qu'on trouvait davantage de PME à forte croissance dans le secteur manufacturier et les industries du savoir que dans d'autres secteurs de l'économie en 2000. La concentration d'entreprises de fabrication (67 % de toutes les PME du secteur manufacturier au Canada) et d'industries du savoir (65 % de toutes les PME du savoir au Canada) en Ontario et au Québec pourrait expliquer la concentration plus élevée de PME à forte croissance dans les provinces centrales du Canada.

Source : Statistique Canada, Enquête sur le financement des petites et moyennes entreprises, 2001.
Présentes dans toutes les secteurs, mais concentration dans le secteur manufacturier et les industries du savoir
En 2001, on trouvait des PME à forte croissance dans chaque secteur de l'économie canadienne. Comme on peut le voir à la figure 2, toutefois, les PME à forte croissance tendaient à être légèrement plus concentrées dans le secteur de la fabrication, des services professionnels et l'industrie du savoir, représentant 24 % des entreprises dans le secteur de la fabrication et celui des services professionnels et 19 % de toutes les entreprises du savoir. Ceci peut expliquer en partie les sommes plus élevées consacrées à la R-D chez les PME à forte croissance, car ces trois secteurs affichent le pourcentage le plus élevé de PME effectuant de la R-D. En 2001, 43 % des entreprises de fabrication, 37 % des entreprises de services professionnels, et 47 % des entreprises du savoir ont investi dans la R-D.

Source : Statistique Canada, Enquête sur le financement des petites et moyennes entreprises, 2001.
Représentées dans toutes les catégories d'entreprises, selon la taile
Parmi les PME à forte croissance, on trouvait des entreprises de toutes les tailles – celle-ci étant définie selon le nombre d'employés – (voir la figure 3), mais la plupart (74 %) comptaient moins de cinq employés en 2001. Cette proportion est similaire à celle observée pour les autres PME (80 % comptant moins de cinq employés).

Source : Statistique Canada, Enquête sur le financement des petites et moyennes entreprises, 2001.
En 2001, les entreprises comptant plus de cinq employés représentaient une proportion plus élevée (26 %) des PME à forte croissance que des autres PME (20 %). On pourrait supposer que ces entreprises ont des recettes, un actif et des bénéfices plus élevés ainsi qu'une plus vaste expérience puisque, de façon générale, les grandes entreprises ont une production supérieure en chiffres absolus et exercent leurs activités pendant plus longtemps que les petites entreprises. Toutefois, les données ne corroborent pas cette hypothèse : elles montrent que la répartition des PME à forte croissance selon l'âge était la même que pour les autres PME en 2001 (78 % étaient en exploitation depuis plus de cinq ans). Toutefois, la combinaison de ces facteurs (recettes, actif et bénéfices plus élevés) peut atténuer le risque perçu par les prêteurs : comme nous le verrons ci-après, les PME à forte croissance ne semblent pas avoir plus difficulté que les autres PME à obtenir du financement.
Propension à exporter sous-estimée du fait que l'on ne connaît pas leur contribution à la chaîne d'approvisionnement mondiale
Bien qu'une étude récente menée par Industrie Canada (2005) sur les petites entreprises qui exportent des biensNote 2 ait déterminé que moins de 2 % des PME avaient exporté des biens en 2000, l'Enquête sur le financement des petites et moyennes entreprises a révélé que 18 % de PME à forte croissance de tous les secteurs (biens et services) avaient exporté, comparativement à 9 % pour les autres PME au cours de cette année. On sous-estime peut-être la propension supérieure des PME à forte croissance à concentrer leurs efforts sur les marchés extérieurs, car l'enquête n'a pas vérifié la mesure dans laquelle ces petites entreprises sont intégrées à la chaîne d'approvisionnement d'entreprises de plus grande taille (p. ex., Bombardier et ses fournisseurs ou l'industrie automobile et ses fournisseurs), qui exporteraient alors dans le monde entier. Des recherches supplémentaires s'imposent pour bien comprendre la contribution des PME à forte croissance aux marchés d'exportation par l'intermédiaire de la chaîne d'approvisionnement des grandes entreprises.
Plus grande propension à investir dans les activités de recherche-développement
Les PME à forte croissance ont été plus nombreuses que les autres PME à investir dans les activités de recherche-développement (R-D) en 2001 (34 % contre 25 %), mais seulement une faible proportion d'entre elles (2 % en 2001 et 6 % en 2000) étaient considérées comme des entreprises novatricesNote 3, soit une proportion similaire à celle observée pour les autres PME (2 % en 2001).
Rendement financier supérieur
Le tableau 1 présente la moyenne des principaux montants financiers pour les PME à forte croissance en 2000, par comparaison avec celle des autres PME. En 2000, les PME à forte croissance ont affiché un rendement financier supérieur à celui des autres PME en ce qui a trait à la taille et à la rentabilité.
En 2000, la PME à forte croissance moyenne était en meilleure position financière : son actif était de 18 % supérieur à celui des autres PME, elle affichait des revenus 72 % plus élevés, des bénéfices 45 % plus élevés et un portefeuille d'actions 11 % plus élevé.
Si on se penche sur les mesures de rentabilité courantesNote 4, les PME à forte croissance surclassent une fois encore les autres PME :
En termes de liquidité et de gestion de la dette, la PME à forte croissance moyenne affichait un ratio d'endettement comparable à celui d'autres PME (1,5 pour les PME à forte croissance et 1,4 pour les autres PME). À court terme, la PME à forte croissance ont le même niveau de liquidité que les autres entreprises, le ratio de liquidité général étant de 1,5Note 5.
Note 1 Dans l'étude intitulée Projet sur les entreprises en croissance : Principales constatations, la croissance des entreprises est évaluée d'après la progression de l'emploi, mais le Programme de recherche sur le financement des PME utilise la croissance des ventes à titre de facteur déterminant. Cette divergence des critères de croissance peut entraîner certaines différences conceptuelles entre les résultats des deux études.
Note 2 Cette estimation, établie à partir du Registre des entreprises de Statistique Canada, vise uniquement les petites entreprises qui exportent des biens, alors que l'Enquête sur le financement des petites et moyennes entreprises de 2000 et celle de 2001 couvrent tous les secteurs (biens et services).
Note 3 Les entreprises novatrices sont celles qui consacrent à la R-D plus de 20 % de leurs dépenses d'investissement globales.
Note 4 Le taux de rendement de l'actif indique le résultat de l'entreprise dans l'utilisation des actifs pour produire des gains indépendamment du financement de ses actifs, alors que le taux de rendement des capitaux propres reflète son résultat dans l'exploitation des actifs pour produire des gains, en prenant également en compte le financement de ces actifs à partir de la méthode de calcul DuPont (Gaber, Davidson, Stickney et Weil, Financial Accounting, Dryden).
Note 5 Le ratio de liquidité général est une mesure de l'actif à court terme par rapport à l'endettement à court terme. Un ratio de 1,0 signifie qu'une entreprise pourrait survivre pendant un an, même si elle ne réalisait pas de ventes. Globalement, plus le ratio est élevé, plus l'entreprise a de liquidités.
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