De type I
Le premier type d'investissement privé vient de la famille et des amis et est souvent désigné comme
l'« argent de l'affection ». La décision d'investir n'est pas tant motivée par la technologie ou le principe même de l'entreprise que par la relation qui existe déjà entre l'investisseur et l'entrepreneur. Il faut supposer que pour fournir du financement, l'investisseur de type I doit tout d'abord avoir les moyens financiers voulus. En outre, le motif premier de l'investissement n'a généralement pas rapport aux stimulants fiscaux. Le plus souvent, l'investisseur souhaite tout simplement la réussite de l'entrepreneur, tandis que la possibilité de rendements élevés est une préoccupation secondaire.
De type II
Les investisseurs privés de type I et de type II se distinguent principalement de deux façons. Premièrement, les investisseurs de type II n'ont généralement pas de rapports personnels étroits avec
l'entrepreneur. Celui-ci est ordinairement mis en contact avec ceux-là à la faveur de transactions commerciales ou d'activités de maillage, ou encore l'investisseur privé peut avoir un intérêt pour le secteur des PME. Deuxièmement, les investisseurs de type II sont plus rigoureux dans leur examen des débouchés et leurs attentes de rendement seront beaucoup plus grandes. Ils exigeront pour la plupart des documents officiels et des rapports périodiques. Par ailleurs, on confond souvent les investisseurs privés de type II et les investisseurs providentiels. Bien qu'il y ait effectivement des points de similitude entre les deux catégories d'investisseurs — ce sont tous des gens bien nantis — la principale différence est que les investisseurs de type II ne cherchent pas de façon proactive à investir dans les petites entreprises; cependant, les entrepreneurs les courtisent à cause de leur capacité financière ou de la crédibilité dont ils jouissent dans l'industrie. De plus, les investisseurs providentiels se distinguent aussi des investisseurs de type II par leur orientation plus marquée vers les technologies de l'information. Étant donné le recours aux services d'évaluation et d'appariement en ligne dans la plupart des réseaux d'investisseurs providentiels, ceux-ci fonctionnent maintenant plus comme des sociétés d'investissement en capital-risque. Ils peuvent choisir parmi un plus grand nombre de possibilités d'investissement et ils ont officialisé en bonne partie le processus de sélection en exigeant des entrepreneurs de présenter leur demande et leur plan d'affaires par voie
électroniqueNote 5.
Comme nous l'avons déjà mentionné, les investisseurs providentiels sont des particuliers ou des petits groupes de professionnels ou de gens d'affaires qui sont particulièrement intéressés à investir dans de nouvelles entreprises et à leur offrir de l'assistance. Ils axent le plus souvent leurs efforts sur les entreprises locales. Ces investisseurs sont plus impersonnels que l'investisseur privé de type I et ils apportent plus de valeur que l'investisseur privé de type II. Les investisseurs providentiels agissent souvent comme conseiller auprès de l'entrepreneur et ils le mettent en contact avec des organisations telles que les établissements bancaires, les fournisseurs, les associations industrielles et d'autres encore. La crédibilité qu'un investisseur providentiel réputé peut apporter à une petite entreprise en difficulté procure souvent un avantage concurrentiel à celle-ci à l'étape cruciale du démarrage. L'investisseur providentiel cherchera souvent des possibilités de placement à rendement élevé, où il pourra compter sur une stratégie de sortie. Comme l'investisseur en capital-risque, il posera souvent des conditions pour l'investissement (p. ex., réalisation d'objectifs ou d'étapes). Voici les meilleurs ingrédients pour s'assurer la participation financière des investisseurs providentiels : un plan d'affaires bien élaboré, une direction exceptionnelle, une idée commerciale offrant les meilleures perspectives de croissance et une stratégie de sortie pour l'investisseur.
On retrouve plus souvent les trois types d'investisseurs privés (type I, type II et providentiels) aux États-Unis, parce qu'il existe dans ce pays une culture d'entreprise qui vante l'entrepreneuriat, et divers programmes d'encouragement subventionnés par l'État. Néanmoins, ces investisseurs sont aussi présents au Canada. Les investisseurs privés de type I et de type II ont toujours été des acteurs de premier plan sur la scène canadienne en ce qui concerne le financement par actions des PME. En outre, de petits réseaux d'investisseurs providentiels ont commencé à se former dans certaines régions du pays, ce qui contribue à accroître la présence de ce type d'investisseurs au Canada. Notons qu'il n'existe pas encore une masse critique de réseaux d'investisseurs providentiels au Canada, ce qui rend plus difficile la tâche des entrepreneurs qui sont à la recherche de ce type d'investisseurs.
Les sociétés d'investissement en capital-risque (SICR) se servent des fonds provenant des investisseurs privés ou institutionnels pour investir dans des entreprises qui offrent des perspectives de forte croissance. Les SICR font généralement des placements pour une période de trois à sept ans et elles s'attendent à des taux de rendement annuel avant impôt de 20 à 40 %. Contrairement aux investisseurs providentiels, les SICR investissent surtout dans des entreprises établies, avec l'intention de les mener jusqu'à l'étape du premier appel public à l'épargne ou de l'acquisition, les stratégies de sortie par excellence. Toutefois, certaines SICR investiront dans des entreprises en démarrage qui représentent des cas particuliers, par exemple une entreprise possédant une technologie brevetée et s'appuyant sur un marché à forte croissance, ou une entreprise dirigée par une équipe très expérimentée qui décide de voler de ses propres ailes. Il est très rare que les SICR investissent dans une entreprise qui est au stade du lancement.
Les SICR recherchent les possibilités d'investissement plus activement que les autres types d'investisseurs et elles se spécialisent souvent dans un segment ou une branche d'activité. Ces dernières années, le capital-risque est allé surtout vers les entreprises de haute technologie. Au deuxième trimestre de 1999, 60 % de tout l'investissement en capital-risque aux États-Unis s'est réparti entre deux secteurs de haute technologie : les communications et les logiciels, la part du lion allant aux entreprises qui ont rapport à Internet. Les autres secteurs qui ont reçu du capital de risque sont la vente au détail (13 %), le secteur bio-médical (10 %), les services aux entreprises (9 %), les semi-conducteurs (4 %), les ordinateurs/périphériques (3 %), et les autres (1 %). Au deuxième trimestre de 1999, les SICR ont investi 7,6 milliards de dollars, dont près de 40 % dans le secteur de la haute technologie de Silicon ValleyNote 6. Comme elles ont un niveau de dépenses élevé, les SICR doivent normalement investir un montant qui respecte un certain minimum afin de justifier leurs frais de contrôle préalable. En raison de la structure formelle de l'opération de capital de risque et du caractère plus rigoureux du processus d'évaluation, les entrepreneurs sont tenus de soumettre à l'attention de l'investisseur une documentation et un plan d'affaires complets. En outre, l'investisseur apportera une attention particulière aux entreprises qui ont une clientèle établie et qui dégagent des bénéfices depuis un certain nombre d'années.
Le coût du financement à risque est habituellement très élevé. Il arrive souvent que l'entrepreneur doive sacrifier de 30 à 50 % de la propriété de son entreprise pour obtenir du financement à risque. Bien que la SICR ne participera pas normalement à la gestion quotidienne de l'entreprise, elle désignera un représentant au conseil d'administration de la nouvelle société. L'investissement en tant que tel peut prendre diverses formes. En premier lieu, il consiste en une simple participation au capital, mais il peut aussi prendre la forme d'une dette convertible ou d'une dette garantie. Comme l'investisseur providentiel, la SICR — si elle est bien choisie — procurera une valeur additionnelle à l'entreprise grâce à ses services-conseils et à ses activités de maillage.
Les institutions bancaires aux États-Unis offrent divers modes de financement par capitaux propres; toutefois, la prise de participation dans des entreprises qui sont au stade du lancement ou du démarrage est rarissime. À ces étapes, les banques vont plutôt offrir des services-conseils payants afin de trouver des investisseurs potentiels. Une fois que l'entreprise est devenue florissante et qu'elle est jugée prête à faire un premier appel public à l'épargne, les banques interviennent plus activement dans le financement par actions.
Les sociétés d'investissement sont de grandes entreprises établies qui ont une expérience confirmée. Elle financeront surtout des partenaires prospères, des clients ou des fournisseurs, si le rapport risque-rendement correspond aux normes qu'elles auront établies. En ce qui concerne les entreprises au risque plus élevé, p. ex. les jeunes entreprises, de nombreuses sociétés ont mis sur pied des incubateurs. Grâce à des programmes de ce genre, de nouvelles entreprises naissent souvent des innovations qui sont faites au sein de l'entreprise existante (sous l'effet de l'intrapreneurship).
Les investisseurs institutionnels, p. ex. les organismes de placement collectif et les caisses de retraite, financent principalement les PME en fournissant des fonds aux sociétés d'investissement en capital-risque. Les jeunes entreprises et les entreprises au stade du lancement sont rarement financées directement par les investisseurs institutionnels; toutefois, certains d'entre eux ont constitué des fonds importants dans le but d'investir dans les petites entreprises. Ces fonds sont constitués pour la plupart comme les sociétés d'investissement en capital-risque.
Le public est la plus grosse source potentielle de capitaux pour la petite entreprise. À cause de la réglementation régissant les bourses des valeurs, le public est le plus souvent contraint à investir dans les sociétés cotées en bourse enregistrées auprès de la Securities Exchange Commission (SEC) des États-Unis. L'investissement se réalise durant l'appel public à l'épargne. Toutefois, le public investit aussi indirectement dans les PME par l'intermédiaire des organismes de placement collectif et des caisses de retraite. Aux États-Unis, la Securities Act renferme des dispositions d'exception qui permettent aux petites entreprises de faire un appel public à l'épargne sans devoir s'inscrire de manière formelle auprès de la SEC. Des restrictions s'appliquent au montant total de l'investissement et, parfois, au type d'investisseur admissible.