Tel que mentionné précédemment, les entreprises passent normalement par divers stades de financement au cours de leur cycle de vie. Le financement par CR, qui sert de pont entre le secteur financier informel et les marchés financiers publics, est un stade de financement de transition. Le CR a tendance à être plus efficace dans le cadre d'un marché financier informel dynamique, qui passe au crible, évalue et finance de nouveaux projets d'investissement, ainsi que d'un marché financier formel, offrant de bonnes possibilités de sortie, préférablement au moyen d'un PAPE121. Les résultats de la recherche indiquent qu'un mécanisme efficace de PAPE offre des perspectives de sortie rentables aux investisseurs du début de croissance et encourage ainsi les investissements dans des entreprises innovatrices à fort potentiel de croissance122.
La présente section examine une récente étude du Programme de recherche sur le financement des PME traitant du rendement des émissions initiales des PME canadiennes entre 1991 et 2000123. L'étude a révélé :
Les PAPE au Canada : taille, rendement et coûts
Diverses catégories d'actions sont normalement offertes lors d'un PAPE
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Le marché canadien des PAPE est comparable aux marchés régionaux américains
En ce qui concerne les PAPE canadiens, il s'agit normalement de transactions de faible valeur. Entre 1996 et 2000, la valeur de ces transactions au pays s'établissait en moyenne à 2,5 millions de dollars; entre 1995 et 1999, leur valeur moyenne était de 131 millions en Allemagne, de 74 millions en
France, de 93 millions au Royaume-Uni et de 84 millions aux États-Unis. En outre, comparativement au Royaume-Uni, à la France ou à l'Allemagne, davantage de petites entreprises au Canada ont effectué de petites transactions (en taille et en valeur). De fait, 90 p. 100 des entreprises qui ont lancé un PAPE au cours de la période de 1990 à 2000 au Canada auraient été considérées trop petites (en fonction de la valeur de la transaction) pour être régies par l'American Securities and Exchange Commission aux États-Unis ou pour être inscrites auprès de bourses nationales comme la NASDAQ ou le New
York Stock Exchange (NYSE).
Le choix du moment pour lancer un PAPE : les marchés en effervescence et calmes |
Faible taux de survie des entreprises canadiennes à la suite d'un PAPE
Les émissions de très faible valeur des petites ou très petites entreprises (dont l'actif net est inférieur à un million de dollars) qui n'ont pas eu suffisamment de temps pour faire leurs preuves ont extrêmement peu de chances de réussir. Des 153 entreprises dont le produit brut est inférieur à un million de dollars et qui ont
lancé un PAPE entre 1991 et 1995 :
De la même façon, des 95 entreprises dont le produit brut se situait entre 1 et 5 millions de dollars :
Enfin, des 27 entreprises dont le produit brut se situait entre 5 et 10 millions de dollars :
Au cours de la période de 1991 à 2000, plus de sociétés faisant publiquement appel à l'épargne sont disparues des bourses canadiennes que de nouvelles sociétés qui s'y sont inscrites; le nombre de sociétés inscrites en bourse au pays a diminué de 5 p. 100, passant de 4 342 à 4 124, et ce malgré les 1 891 PAPE.
L'émission d'actions dans le public coûte moins cher au Canada qu'aux États-Unis
Les coûts directs d'une émission initiale d'actions sont déterminés par les coûts découlant de la réglementation — y compris la préparation d'un prospectus, le paiement des droits et les services de divers professionnels — ainsi que la commission versée au placeur. Il s'agit de coûts plus onéreux pour les
petites entreprises que pour les grandes. La commission versée au placeur est un pourcentage des recettes provenant de l'offre d'actions.
À taille égale, les coûts directs d'une émission initiale d'actions au Canada sont inférieurs à ceux assumés par les entreprises américaines, et la commission du placeur au Canada est inférieure à celle normalement prélevée aux États-Unis, laquelle s'élève en moyenne à 7 p. 100 (voir le tableau 27). N'empêche qu'il s'agit de coûts élevés, surtout pour les PME.
Paradoxalement, les jeunes entreprises admissibles aux fonds communs de capitaux, prévoyant un processus de PAPE simplifié et moins coûteux, paient de fait un pourcentage plus élevé de la valeur de la transaction d'une émission initiale d'actions (23 p. 100) que les PME ordinaires de taille comparable (16 p. 100).
Coûts supplémentaires : la sous-évaluation du prix initial des actions
La sous-évaluation du prix initial des actions émises entraîne des coûts supplémentaires pour toutes les entreprises émettrices, mais cela pose de sérieux problèmes aux PME nouvellement inscrites en bourse. Ces coûts ont une incidence, peut-être déterminante, sur la
réussite ou l'échec de l'entreprise. Par ailleurs, plus l'entreprise est petite lorsqu'elle émet des actions dans le public, plus le problème de sous-évaluation semble énorme.
Graphique 63
Nombre et valeur des PAPE au Canada, de 1991 à 2000
Ce problème au Canada peut être attribuable au peu de concurrence entre les sociétés de courtage, surtout en raison du fait que sept entreprises appartenant à des banques, y compris six des plus grandes banques, accaparent 70 p. 100 des recettes de l'industrie. D'autres facteurs contribuent à la sous-évaluation des actions, y compris :
L'encadré explique davantage ces facteurs.
| La sous-évaluation des actions a lieu lorsque la valeur de l'entreprise est sous-estimée en fonction du prix des actions. Selon une étude récente, le prix initial des actions est souvent au-dessous de sa valeur. De plus, la sous-évaluation semble poser davantage problème dans un marché en effervescence que dans un marché calme. Ironiquement, plus de PME lancent des PAPE alors que le marché est en effervescence dans l'intention d'obtenir le meilleur prix pour leurs actions. |
Les coûts directs des EIA canadiennes proviennent de prospectus définitifs qui n'étaient pas publiés dans le SEDAR avant 1997. Les coûts directs des EIA américaines proviennent de prospectus définitifs qui sont accessibles sur le site Web de la SEC.
Source: Carpentier, Kooli et Surêt, 2003.
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Facteurs déterminants de la réussite ou de l'échec d'un PAPE
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Marchés boursiers : un milieu hostile pour les PME
Le faible taux de survie des PME qui font appel au processus d'un PAPE signale d'importantes entraves au bon fonctionnement du marché des émissions initiales d'actions. Tel que précisé plus tôt, seulement 6 p. 100 des petites
entreprises (pour lesquelles la valeur de la transaction est inférieure à un million de dollars) ont le potentiel, après cinq ou dix ans, de devenir de grandes entreprises.
Les résultats sont aussi décevants aux États-Unis. Les taux de réussite ont été très faibles dans le cas des entreprises pour lesquelles la valeur de la transaction se situe entre 1 et 20 millions de dollars (ce qui est comparable à la plupart des PAPE au Canada) et qui réunissent des fonds auprès du public par l'intermédiaire du Small Corporate Offering Registration (SCOR). Les données disponibles laissent croire que peu de ces entreprises connaissent une croissance suffisante pour émettre des actions sur les bourses nationales comme la NASDAQ ou le NYSE.
Dans un marché dynamique du CR comme celui du Canada, il existe une opinion largement répandue selon laquelle dans un marché actif, les entreprises bénéficiant d'un financement par CR passeront naturellement de l'état de petite entreprise à moyenne entreprise avant l'émission initiale d'actions. Bien que le marché du CR soit très actif au Canada, l'étude indique que les entreprises ont tendance à lancer trop tôt un PAPE, obtiennent de mauvais résultats et connaissent de très faibles taux de réussite (ou de survie). Un problème fondamental se dégage d'une telle situation, notamment à savoir à quel point les PME sont prêtes à lancer des PAPE.
Les dysfonctions du marché des émissions de faible valeur (faible taux de survie, coûts élevés, sous-évaluation des actions, faible rendement à moyen terme) sont symptomatiques des problèmes subis par les PME en croissance au stade précédant le financement par un PAPE. Les données empiriques soulignent la nécessité d'accroître la capacité du marché canadien du CR d'appuyer davantage le financement par CR qui, à son tour, appuierait davantage les PAPE. On améliorerait ainsi la capacité du marché du CR à faire face à la croissance, en plus de stimuler la participation des investisseurs institutionnels dans le marché du (CR) Or, on obtiendrait une plus grande spécialisation des fonds de CR et une concurrence accrue dans le domaine des opérations de financement. Cela pourrait entraîner une meilleure évaluation des entreprises, de plus gros investissements et plus de capitaux pour les PAPE. Toutefois, cela devrait être étayé par des mesures visant à reporter à plus tard les PAPE, jusqu'à ce que les entreprises aient une chance raisonnable d'assurer leur survie. Enfin, les petites entreprises canadiennes pourraient continuer de croître et d'exploiter pleinement les avantages de leurs innovations.
121. Lors d'un premier appel public à l'épargne, une entreprise réunit des capitaux en émettant des actions auprès des investisseurs, qui sont ensuite inscrites en bourse. Dans le cadre de ces transactions, des actions sont vendues aux investisseurs, permettant ainsi à l'entreprise d'obtenir des capitaux propres en retour de droits de propriété dans l'entreprise.
122. Allan Riding, Financement des entreprises de pointe : enjeux d'ordre juridique et réglementaire, document de recherche préparé pour le Groupe de travail sur l'avenir des services financiers canadiens, 1998.
123. Cécile Carpentier, Maher Kooli et Jean-Marie Surêt, Les émissions initiales au Canada : Bilan, anomalies et dysfonctions, Université Laval, 2003.