La nature du secteur industriel a une incidence sur la structure financière des PME. Le secteur d'activité est au nombre des cinq critères dont se servent les établissements financiers (couramment désignés en anglais comme les « cinq C du crédit ») pour évaluer la solvabilité d'une entreprise39. Dernièrement, la nature du secteur industriel est l'un des principaux aspects considérés dans les modèles de cotes de crédit des établissements financiers. Ces modèles tiennent compte du fait que la structure des actifs, la rentabilité, le risque de non-paiement et les taux d'échec diffèrent généralement d'un secteur à l'autre40. Les divers secteurs font appel à des formes variées de financement, cela n'est pas signe d'une imperfection ou d'un écart sur le marché financier. Plusieurs facteurs ont une incidence déterminante sur ces schémas, mais on ne peut, à partir d'un seul ensemble d'observations, en déterminer la cause.
Différences sectorielles relatives à l'utilisation de types formels et informels de financement
Les différences sectorielles quant à la structure financière sont plus évidentes lorsqu'on compare les secteurs primaires (p. ex., l'agriculture) aux secteurs des services (p. ex., les industries du savoir). Ainsi, les entreprises agricoles disposent normalement de plus de garanties sous forme d'actifs immobilisés, ce qui leur permet d'assumer des niveaux plus élevés de financement par emprunt provenant de sources formelles. Puisque les PME des industries de services ne possèdent généralement pas autant d'actifs, elles font habituellement appel aux sources informelles de financement par emprunt. Les considérations ci-dessous sont tirés des tableaux 11 et 12.
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Principales constatations relatives au secteur industriel Les entreprises des secteurs primaire et manufacturier font davantage appel aux types formels de financement :
Les entreprises du secteur des services ont davantage fait appel aux types informels de financement :
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Le graphique 22 fait état de la répartition des instruments de financement à l'intérieur des secteurs primaire et manufacturier en 2000. À quelques exceptions près, les secteurs agricole et primaire à forte intensité de ressources ainsi que l'industrie manufacturière financent leurs activités en faisant appel à des types formels de financement par emprunt, aux économies personnelles du propriétaire ou aux bénéfices non répartis de l'entreprise. Pour illustrer l'intensité du financement par emprunt au sein des industries primaire et manufacturière, on examine de près, ci-dessous, les tendances relatives aux secteurs agricole et manufacturier.
Graphique 22
Types d'instruments financiers utilisés par les PME productrices de biens ou axées sur les ressources en 2000*
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Caractéristiques de la PME agricole typique en 2000
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Types formels de financement en 2000
Types informels de financement en 2000
Le taux d'utilisation élevé des types formels de financement par emprunt par les PME agricoles est lié à :
Si l'on en juge d'après la structure financière des PME agricoles, le contrôle des actifs financiers de l'entreprise est un important facteur pris en considération, une tendance dont témoigne l'utilisation élevée d'instruments d'emprunt de toutes sortes par les PME agricoles (tant auprès de sources formelles qu'informelles de financement) ainsi que le fait qu'elles comptent peu sur les bénéfices non répartis. Toutefois, l'intensité du financement par emprunt dans la composition du capital des entreprises agricoles n'est pas reflétée dans leur ratio d'endettement. En moyenne, le financement par emprunt représentait 48 p. 100 de la structure de financement à long terme des PME agricoles en 2000. Ce ratio comparativement bas n'est pas dû au fait que les PME de ce secteur évitent de compter sur le financement par emprunt, mais est plutôt attribuable au fait qu'il s'agit d'entreprises possédant plus de capitaux propres que les entreprises d'autres secteurs et optant généralement pour des instruments à court terme.
Cette structure financière à haute intensité de financement par emprunt des PME agricoles se manifeste également par la valeur plus élevée que la moyenne de leurs créances exigibles auprès des banques à charte (34 p. 100 des créances exigibles, la moyenne nationale étant de 29 p. 100) ainsi que des coopératives d'épargne et de crédit et des caisses populaires (11 p. 100 des créances exigibles, comparativement à 5 p. 100 à l'échelle nationale).
Graphique 23
Pourcentage de participation au capital par le propriétaire-exploitant de l'entreprise en 2000, par secteur
En 2000, l'avoir propre des PME agricoles s'élevait en moyenne à 361 000 $. De cet avoir, 94 p. 100 appartenait au propriétaire-exploitant de l'entreprise (le plus fort pourcentage sectoriel, la moyenne nationale étant de 86 p. 100).
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Caractéristiques de la PME manufacturière typique en 2000
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Types formels de financement en 2000
Types informels de financement en 2000
Les types d'instruments de financement utilisés par les PME manufacturières en 2000 (crédit commercial des fournisseurs, crédit-bail, crédit commercial, cartes de crédit et marges de crédit personnelles) font état de leur préférence envers les mécanismes souples de financement. De tels instruments permettent aux entreprises de réagir à l'évolution de la situation de l'offre et de la demande, de contrôler les coûts et de saisir les occasions.
La structure d'endettement des PME manufacturières reflète la composition des instruments financiers qu'elles utilisent. Le crédit commercial des fournisseurs représentait le plus fort pourcentage du financement par emprunt des entreprises manufacturières en 2000 (soit 30 p. 100 de leurs créances exigibles, comparativement à 21 p. 100 pour l'ensemble des secteurs). Dans ce secteur, les créances commerciales exigibles étaient même proportionnellement plus élevées que les créances exigibles aux banques à charte, 27 p. 100 en 2000 (ce qui est légèrement inférieur à la moyenne de 29 p. 100 pour l'ensemble des secteurs).
Tel que précisé à la section 7, le secteur manufacturier compte le plus fort pourcentage d'entreprises à forte croissance (17 p. 100 des PME manufacturières ont fait état d'une croissance cumulative des ventes de plus de 50 p. 100 au cours d'une période de trois ans prenant fin en 2000). Le financement de rondes cumulatives de croissance requiert d'importants capitaux et, souvent, les entreprises doivent chercher des sources de financement par actions. Le niveau comparativement plus élevé de participation externe au capital-actions des entreprises manufacturières fait écho à ce phénomène de croissance.
Le graphique 24 fait état de la répartition des instruments financiers utilisés par les PME des secteurs des services au Canada en 2000. Contrairement à ce que l'on a observé dans les secteurs primaire et manufacturier, il se dégage moins de similitudes perceptibles entre les sources de financement auxquelles les industries de services font appel. Les structures financières des entreprises des secteurs des services sont plutôt diversifiées et les entreprises optent généralement davantage pour des types informels de financement, ce qui ressort également de l'analyse régionale des structures de financement en Alberta et en Colombie-Britannique, où les industries de services dominent. La section suivante examine deux des secteurs où les variations sont les plus grandes : les industries du savoir et les entreprises du secteur de la vente en gros et au détail.
Graphique 24
Types d'instruments financiers utilisés par les PME du secteur des services en 2000*
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Caractéristiques de la PME typique de l'industrie du savoir en 2000
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Types formels de financement en 2000
Types informels de financement en 2000
Il se dégage des tendances relatives au financement des entreprises de l'industrie du savoir que toutes les formes de financement ne conviennent pas à toutes les entreprises — souvent, les sources formelles et informelles de financement par emprunt (la principale forme de financement pour la plupart des PME) ne sont pas indiquées pour les entreprises de l'industrie du savoir. Les risques associés à la volatilité du marché ainsi qu'au développement de nouvelles technologies et de nouveaux produits et procédés dépassent souvent le goût du risque des fournisseurs de financement formel. De fait, la Banque de développement du Canada (BDC) a révélé en 2000 que les PME de l'industrie du savoir éprouvent le plus de difficultés à avoir accès au financement par emprunt43. Certains estiment que les établissements financiers hésitent à prêter à ces PME, dont les principaux éléments d'actif sont incorporels (p. ex., savoir, expertise, propriété intellectuelle, produits ou services) et ne peuvent être facilement liquidés pour couvrir l'encours de la dette et dont le matériel peut rapidement devenir désuet.
Le graphique 24 illustre la façon dont les PME de l'industrie du savoir surmontent ces difficultés. Leur utilisation des instruments financiers est la plus diversifiée de tous les secteurs. Contrairement aux autres industries, dans lesquelles les sources formelles et informelles externes de financement par emprunt représentent les principales sources de financement, les entreprises de l'industrie du savoir tendent à avoir des structures financières à moins forte intensité de financement par emprunt. En 2000, à peine 36 p. 100 de la structure de financement à long terme des entreprises de l'industrie du savoir était constituée d'instruments de financement par emprunt (ratio d'endettement de 0,36). Une tendance semblable a été observée quant aux créances exigibles des entreprises de l'industrie du savoir auprès des fournisseurs de sources formelles de financement par emprunt. En moyenne, seulement 14 p. 100 du financement par emprunt des entreprises de l'industrie du savoir a été obtenu auprès des banques à charte (la moyenne nationale étant de 29 p. 100) et seulement 1,7 p. 100 auprès des coopératives d'épargne et de crédit et des caisses populaires (la moyenne nationale étant de 5 p. 100).
Les PME de l'industrie du savoir font partie des plus grands utilisateurs de capital de risque au Canada. Ainsi que le démontre le graphique 25, les propriétaires-exploitants des entreprises détenaient seulement 56 p. 100 de la participation au capital des entreprises de l'industrie du savoir en 2000. Conformément au profil de risques et aux besoins de financement propres à ce secteur, les PME de l'industrie du savoir ont le moins fait appel aux sources formelles et informelles de financement par emprunt. Ces PME ont plutôt compté sur leurs ressources internes — en 2000, 37 p. 100 des PME de l'industrie du savoir ont fait appel a leurs bénéfices non répartis. Le graphique 24 montre que les entreprises de l'industrie du savoir faisaient davantage appel aux fonds de capital de risque ou aux investisseurs privés que les PME des autres secteurs. Il faudra surveiller à long terme s'il s'agit d'une imperfection du marché à combler les besoins de financement formel par emprunt afin d'assurer que de tels écarts ne compromettent pas la croissance du secteur.
Graphique 25
Répartition (%) de la participation moyenne au capital des PME de l'industrie du savoir en 2000
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Caractéristiques de la PME typique de vente en gros et au détail en 2000
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Types formels de financement en 2000
Types informels de financement en 2000
Pour les PME de vente en gros et au détail ainsi que les entreprises manufacturières, le schéma d'utilisation des types formels de financement par emprunt, par crédit-bail et par crédit commercial des fournisseurs était le même en 2000. Tout comme les PME manufacturières, les entreprises de vente en gros et au détail ont surtout fait appel au crédit commercial de leurs fournisseurs — celui-ci représentant 38 p. 100 de l'encours total de leur dette. Les banques à charte ne détenaient que 21 p. 100 des créances exigibles des PME de vente en gros et au détail.
Il est trop tôt pour confirmer si l'utilisation plus élevée de financement informel par rapport à la moyenne (p. ex., économies personnelles du propriétaire, emprunts auprès de parents et amis — schémas de financement qui ressemblent beaucoup à ceux du secteur agricole) fait état d'un écart en matière de financement sectoriel. Tel que précisé à la partie I, le taux d'approbation de prêts commerciaux des PME de ce secteur était le deuxième moins élevé en 2000 (74 p. 100 comparativement à 82 p. 100 globalement). Tel que démontré plus tôt (voir l'encadré), les ratios d'endettement des PME de vente en gros et au détail étaient parmi les plus élevés (0,64) de tous les secteurs, ce qui peut expliquer les faibles taux d'approbation et encourager l'utilisation de financement informel.
La participation au capital des entreprises de vente en gros et au détail était détenue en très grande partie par les propriétaires-exploitants des entreprises (92 p. 100), ce secteur étant devancé seulement par le secteur agricole (94 p. 100) (voir le graphique 23). Cela laisse entendre que le fait de réunir des capitaux par la vente d'actions est une méthode de financement peu courante dans le secteur de la vente en gros et au détail.
Néanmoins, 13 p. 100 des entreprises de ce secteur ont obtenu de l'argent auprès de leurs proches, et la participation des parents ou amis au capital des entreprises de vente en gros et au détail s'élevait à 4 p. 100.
39. Les « cinq C » de la décision d'accorder du crédit : la capacité est la mesure dans laquelle une organisation est apte à respecter ses obligations de remboursement; le capital représente le montant de l'investissement en capitaux propres de l'entreprise; la garantie (en anglais « collateral », d'où la désignation des « cinq C ») désigne la valeur des éléments d'actif qui garantissent le prêt; la réputation (en anglais « character ») désigne les antécédents de l'entreprise et de ses propriétaires; les conditions désignent la nature et la taille du marché ainsi que le climat des affaires dans le secteur. (Allan Riding, Financement des entreprises de pointe : Enjeux d'ordre juridique et réglementaire, document de recherche préparé pour le Groupe de travail sur l'avenir du secteur des services financiers canadien, 1998).
40. Allan Riding, Financement des entreprises de pointe : Enjeux d'ordre juridique et réglementaire, document de recherche préparé pour le Groupe de travail sur l'avenir du secteur des services financiers canadien, 1998.
41. L'importance régionale d'ATB Financial et l'incidence de la Société du crédit agricole Canada (SCA) sont les principaux facteurs qui sous-tendent l'utilisation élevée des programmes gouvernementaux par l'industrie agricole par rapport à la moyenne.
42. Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, Investir dans l'entrepreneuriat : Résultats du sondage de la FCEI sur les banques, 2001.
43. Banque de développement du Canada, Services de financement aux petites et moyennes entreprises du Canada : Rapport de recherche auprès des groupes de discussion, rapport préparé par le Groupe Angus Reid, 2000.