Secteur d'activité
Comme nous l'avons vu précédemment (voir graphique 30), 45 % de toutes les PME ont une participation féminine à la propriété. Pour 34 % des PME, les femmes détiennent 50 % ou plus du régime de propriété. Le graphique 31 présente, par secteur d'activité, la répartition de la propriété homme-femme, des PME des secteurs :
Graphique 31 – Répartition selon le sexe des propriétaires de PME par secteurs d'activité
Ci-dessous : (1) le pourcentage de toutes les PME du secteur détenues à 50 % ou plus par des femmes, et (2) le pourcentage des PME du secteur appartenant également à des hommes et à des femmes :
Une recherche récente montre que la taille des entreprises et le secteur d'activité ont tendance à être des facteurs déterminants dans l'obtention du financement et non le sexe de l'entrepreneur.
Taille de l'entreprise : La majorité des entreprises appartenant à des femmes tendent à avoir moins d'employés. Les PME détenues majoritairement par des femmes représentent :
Structure des entreprises
Stade de développement
| Propriété à majorité masculine | Propriété à majorité féminine | |
|---|---|---|
| Démarrage | 5 % | 4 % |
| Croissance lente | 49 % | 58 % |
| Croissance rapide | 14 % | 9 % |
| Maturité | 23 % | 18 % |
| Déclin | 9% | 10% |
Source : Université du Québec à Trois-Rivières, Le financement des PME canadiennes : satisfaction, accès, connaissance et besoins, 2001
Comparativement aux entreprises détenues en majorité par des hommes, peu de femmes déclarent être au stade de développement en progression rapide ou avoir atteint la maturité. Ces résultats sont indicateurs des secteurs dans lesquels les femmes oeuvrent (commerce de gros et de détail), de leur plus jeune âge (43 ans contre 49 pour les hommes), et du plus jeune âge de leurs entreprises comparativement à celles des hommes. Pris dans leur ensemble, ces éléments ont un effet important sur la croissance des entreprises appartenant à des femmes.
Âge des propriétaires d'entreprises : Il est loin d'être évident de déterminer si l'âge des propriétaires a une influence quelconque sur les chances qu'on leurs entreprises d'obtenir du financement; toutefois, comme on le verra plus loin, cela pourrait être un facteur dans la décision d'accorder ou de refuser le financement lorsque vient le temps d'emprunter ou d'investir sans garantie.
Les femmes propriétaires d'entreprises sont en moyenne 6 ans plus jeunes que leur contrepartie masculine (43 ans contre 49)49. Il sera nécessaire de procéder à d'autres études afin de déterminer si, oui ou non, la différence d'âge constitue un facteur significatif pour accéder à du financement.
Nombre d'années d'exploitation des PME
Si nous comparons les entreprises détenues en majorité par des hommes à des entreprises dont les propriétaires sont des femmes, nous constatons :
L'expérience du principal propriétaire de l'entreprise peut avoir une incidence sur la perception relative au niveau du risque lié à sa promesse de rembourser une dette ou sur les projections du rendement qu'un investisseur peut espérer obtenir de l'entreprise. Une recherche plus poussée sera nécessaire pour déterminer si ce facteur a un effet significatif sur l'accès au financement par les entreprises en question.
Perspective régionale
Il y a peu de variations régionales dans l'entrepreneurship féminin, si ce n'est que les provinces des Prairies ont un peu moins de PME appartenant à des femmes que la moyenne nationale. Une recherche et une analyse subséquentes pourraient révéler que cela est imputable à la proportion relativement élevée de fermes familiales, où la propriété est souvent partagée, par rapport à l'ensemble de la population d'affaires de cette région.
Exportations
Les résultats indiquent que 8 % des PME détenues en majorité par des femmes exportent leurs produits, comparativement à 11 % des PME détenues en majorité par des hommes. Cette variation se situe dans la marge d'erreur de l'enquête; toutefois, il est possible qu'il y ait une corrélation positive entre l'exportation et les deux variables que sont la taille de l'entreprise et le secteur de l'industrie (voir le tableau 15). Les plus grandes PME ont tendance à être davantage axées sur les exportations, alors que les plus petites entreprises, qui ont tendance à appartenir à des femmes, sont moins susceptibles d'exporter. En raison de leur concentration dans le secteur du commerce de détail et puisque seulement 14 % des entreprises de commerce de gros et de détail exportent un secteur où les femmes jouent un rôle important il n'est pas surprenant que les PME appartenant à des femmes soient moins susceptibles d'exporter. Ces conclusions correspondent à l'étude effectuée en 1998 par Thompson Lightstone & Company Limited, qui démontrait qu'il est beaucoup plus fréquent que les PME qui exportent soient la propriété d'hommes. Les résultats indiquent que 55 % des PME canadiennes qui exportent appartiennent exclusivement à des hommes, alors que 47 % de la population totale des PME est majoritairement détenue par des hommes.Note 50
Demande de financement selon le sexe
Les PME appartenant à des femmes ont fait moins de demandes d'emprunt et de crédit-bail que les PME appartenant à des hommes en 2000.
Graphique 32 – Demandes de financement selon le sexe en 2000
Demandes d'emprunt
Comme illustré dans le graphique 32, seulement 17 % des entreprises qui étaient détenues en majorité par des femmes ont fait une demande d'emprunt en 2000. Ce résultat n'est pas surprenant vu qu'un grand nombre de femmes entrepreneurs sont propriétaires de plus petites PME (par rapport au nombre d'employés) et oeuvrent dans le secteur des services professionnels. Les PME avec ces deux caractéristiques ont fait moins de demandes de prêt que la moyenne. Comme l'illustre le tableau 5, 19% des PME sans employés ont fait des demandes de prêt en 2000 et seulement 13% des PME du secteur des services professionnels ont fait des demandes de prêt.
Demandes de financement par crédit-bail
La demande légèrement inférieure de financement par crédit-bail par les entreprises appartenant en majorité à des femmes est reliée au secteur d'activité de l'entreprise, étant donné que le commerce de gros et de détail est le moins susceptible d'utiliser cette forme de financement et que c'est dans ce secteur qu'agissent la plupart des PME appartenant en majorité à des femmes. Vu le nombre relativement faible d'entreprises ayant déclaré utiliser le crédit-bail, il semble que cette variation se situe en deçà de la marge d'erreur de l'enquête et qu'elle ne soit pas significative.
Demandes de financement par actions (capital de risque)
Puisque le nombre de demandes est restreint, la variation pour les entreprises qui appartiennent en parts égales à des hommes et à des femmes n'est pas statistiquement significative.
Taux d'approbation des emprunts selon le sexe en l'an 2000
Le sexe du propriétaire de l'entreprise n'a pas eu d'incidence significative sur les taux d'approbation des prêts pour les PME. Comme l'illustre le tableau 21, il n'y a pas de différence dans les taux d'approbationentre les PME détenues en majorité par des femmes et l'ensemble des PME en 2000. Il faudrait davantage de données pour révéler si le taux légèrement supérieur d'approbation des entreprises détenues à parts égales par des hommes et des femmes est significatif ou non. Il est fort probable que ces résultats soient largement influencés par la propriété conjointe de nombreuses fermes familiales. 32 % des entreprises agricoles adoptent cette structure de propriété le taux le plus élevé de tous les secteurs et les PME agricoles ont également déclaré les taux les plus élevés de demandes et d'approbation de financement par emprunt. Cela étant dit, il est probable que les considérations sectorielles aient beaucoup plus d'influence que la structure de propriété en soi.
| Propriété | Taux d'approbation |
|---|---|
| En majorité à des hommes | 80 % |
| En majorité à des femmes | 82 % |
| A 50 % à des femmes | 87 % |
| Toutes les PME | 82 % |
Source : Statistique Canada, Enquête sur le financement des petites et moyennes entreprises , 2000.
Fournisseurs de financement par emprunt
La variation était également minime entre les hommes et les femmes quant au type de prêteur approché pour le financement par emprunt, à l'exception des sociétés d'état et des institutions gouvernementales. Parmi les femmes entrepreneurs qui ont fait des demandes de prêt en 2000, seulement 4 % ont approché des sociétés d'État ou d'autres institutions gouvernementales prêteuses comparativement à 8 % des PME en général, en dépit de la présence de certains programmes gouvernementaux de financement qui ciblaient les femmes. Étant donné le petit nombre impliqué, ceci pourrait ne pas être une observation significative sur le plan statistique.
Graphique 33 – Fournisseurs de financement auprès desquels les PME appartenant majoritairement à des femmes ont demandé un emprunt en 2000
Graphique 34 – Fournisseurs de financement auprès desquels les PME appartenant majoritairement à des hommes ont demandé un emprunt en 2000
Processus de demande de financement
Perceptions
L'Enquête sur le financement des petites et des moyennes entreprises, 2000 démontre que les femmes propriétaires qui avaient besoin de financement, mais qui n'en ont pas fait la demande, prétendent souvent que la difficulté entourant le processus le demande et la probabilité qu'elle soit refusée les rendaient réfractaires à demander toute forme de financement.
Expérience
À l'opposé de ces perceptions, les femmes qui ont effectivement fait une demande de financement par emprunt n'ont pas eu à fournir plus de documentation aux fournisseurs de crédit que tout autre propriétaire de PME en général. Dans les faits, 23 % des PME appartenant à des femmes et qui ont fait une demande d'emprunt en 2000 n'ont eu à fournir aucune documentation, comparativement à 16 % des PME appartenant à des hommes.
Garanties exigées pour les financements par emprunt
Les garanties exigées semblent être les mêmes pour les hommes et pour les femmes. Aucune différence n'a été déclarée entre les PME appartenant à des hommes ou à des femmes relativement à l'utilisation de biens personnels en garantie pour du crédit. Il semblerait plutôtque le facteur déterminant de cette exigence soit l'industrie dans laquelle oeuvrent les propriétaires. Par exemple, 46 % des entreprises du secteur du commerce de gros et de détail un secteur dans lequel de nombreuses femmes entrepreneurs oeuvrent ont été obligées d'utiliser des biens personnels en garantie, comparativement à 39 % pour l'ensemble des secteurs.
L'utilisation des éléments d'actif d'une entreprise pour garantir un prêt semble également être fondée davantage sur le secteur de l'industrie que sur le sexe. Les éléments d'actif d'une entreprise sont utilisés à une plus grande échelle dans les secteurs industriels dominés par les hommes, tels l'agriculture, la fabrication et les secteurs primaires. En conséquence, les PME appartenant à des hommes utilisent des éléments d'actif de l'entreprise en garantie dans 40 % des cas, comparativement à seulement 35 % pour les PME appartenant à des femmes.
Une grande part du récent débat entourant les expériences de financement de groupes particuliers de la population d'entrepreneurs a été principalement axée sur les femmes entrepreneurs. Dans une étude de 1995, comparant les PME appartenant à des femmes à des entreprises similaires appartenant à des hommes, la FCEI suggère qu'il existe un « double standard de financement » au sein du marché canadien du financement.Note 51 Selon cette étude, les PME appartenant à des femmes avaient 20 % plus de chances de se voir refuser du financement par une banque que des entreprises similaires appartenant à des hommes.
D'autres recherches, dont certaines ont été menées par Statistique CanadaNote 52, démontrent que les femmes entrepreneurs exploitent un plus grand nombre de petits établissements de services et de commerce de détail que les entrepreneurs masculins. Ces types d'établissements et de secteurs, sans égard au sexe du propriétaire, sont souvent identifiés par les institutions financières comme étant en progression lente, peu rentables et comportant des risques élevés. On a émis l'hypothèse que ces caractéristiques propres aux secteurs de services et de commerce de détail, plutôt que le sexe des propriétaires, étaient les causes sous-jacentes des différences au plan du financement. Dans les faits, les femmes oeuvrant dans des secteurs où les risques sont élevés et les marges de profit minces ne semblent pas faire face à une barrière supplémentaire en termes de financement par rapport à leurs contreparties masculines dans les mêmes secteurs.Note 53
Les conclusions exprimées ci-dessus semblent appuyer l'observation générale à l'effet que c'est le secteur dans lequel une entreprise oeuvre de même que sa taille, et non pas le sexe du propriétaire, qui sont les facteurs déterminants d'accès au financement. Les femmes ont tendance à détenir des entreprises dont la croissance est plus lente, où le niveau de risque estplus élevé, telles le commerce de gros et de détail, et pour lesquels l'accès au financement est relativement plus difficile que pourd' autres industries moins à risque. En 2000, des 23 % d'entreprises de commerce de gros et de détail qui ont demandé un financement par emprunt, 74 % ont reçu une réponse favorable, un des taux les plus bas parmi les industries étudiées. De plus, il y a une corrélation claire entre l'accès au financement et la taille de l'exploitation. Les entreprises plus petites, où l'on retrouve une concentration plus forte de femmes propriétaires, avaient des taux d'approbation moins élevés en 2000 que les entreprises qui comptaient 20 employés ou plus. Ces deux facteurs secteur et taille bien qu'ils ne révèlent probablement pas l'image détaillée de la situation à laquelle les femmes entrepreneurs font face au Canada, sont certainement des facteurs influençant le financement des initiatives féminines.
49. Le financement des PME au Canada : satisfaction, accès, connaissance et besoins, 2001, enquête menée par l'Université du Québec à Trois-Rivières, à la demande d'Industrie Canada, 2002.
50. Thompson Lightstone & Company Ltd., Les PME au Canada : Énoncé de leurs besoins, de leurs attentes et de leur satisfaction envers les institutions financières, 1998.
51. Martine Marleau, Double Standard : Problèmes financiers auxquels sont confrontées les femmes propriétaires d'entreprises, Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, mars 1995.
52. Statistique Canada, Enquête nationale sur le financement des PME, 1995.
53. G.H. Haines, B.J. Orser et A.L. Riding, « Myths et Realities : An Empirical Study of Banks and the Gender of Small Business Clients » Canadian Journal of Administrative Sciences, vol. 16(4), 1999.