L'entrée sur le marché public offre aux PME au stade de maturité un accès accru au capital dont elles ont besoin pour financer des activités de grande envergure et pour soutenir leur croissance. Certaines PME, même après un PAPE peuvent encore avoir besoin de financement par capital de risque pour faire face à des besoins financiers qui dépassent leur capacité d'emprunt. Ce type de financement est particulièrement important pour les PME du secteur des IFS.
Un appel public à l'épargne sur le marché boursier est souvent la « stratégie de sortie » de choix pour les fonds de CR, puisqu'une fois le marché public établi, ils peuvent vendre leurs parts. Grâce aux appels publics à l'épargne, les sociétés de capital de risque ont historiquement réalisé la valeur maximale de leur investissement. Cependant, devenir une entreprise publique comporte des désavantages. Le capital levé grâce à un appel public à l'épargne est souvent suffisant pour répondre aux besoins de croissance de l'entreprise. Toutefois, une fois qu'elle est établie sur le marché boursier, la capacité de l'entreprise à obtenir les capitaux au moyen d'autres actions repose largement sur sa performance sur le marché boursier, qui ne peut être influencée fortement par les performances d'une seule et unique entreprise.
L'émission d'actions en bourse est un art en soi, surtout quand il s'agit d'obtenir le bon prix, d'émettre le bon nombre d'actions et de le faire au moment opportun. Le succès d'une entreprise à cet égard aura une influence sur son habileté à émettre de nouvelles actions. Cependant, ce ne sont là que quelques-uns des facteurs qui influencent toute décision d'utiliser cette option de financement. D'autres facteurs sont inhérents au stade de préparation interne de l'entreprise démontré par une solide position financière qui est nécessaire pour réaliser l'appel public à l'épargne et parfois pour traverser les stades difficiles qui s'ensuivent Note 31. Parmi ces facteurs, notons :
Certains de ces critères sont difficiles à atteindre, spécialement pour les PME au stade de forte croissance. De plus, le succès d'un premier appel public à l'épargne dépend ultimement de la performance de l'entreprise, des conditions économiques du moment ainsi que de l'état du marché boursier. Si les conditions sont défavorables au moment où une entreprise souhaite devenir publique, une estimation de la valeur de son action acceptable pour le marché, pourrait ne pas fournir suffisamment de capital à l'entreprise, et pourrait diluer l'avoir et la valeur estimée des actionnaires existants au point où il ne serait plus attrayant d'entreprendre un appel public à l'épargne ce qui pourrait entraîner quantité de problèmes à long terme pour l'entreprise.
Structure du marché boursier canadien
En 1999, le Toronto Stock Exchange (TSE), tout comme la Bourse de Montréal, de Vancouver et de l'Alberta ont été restructurés, ce qui a mis fin à la concurrence qui existait jadis entre les Bourses canadiennes, bien que la concurrence entre les Bourses et les marchés mondiaux n'ait jamais été aussi forte. Le TSE est devenu le principal marché boursier canadien, s'accaparant plus de 98 % de la valeur transigée sur les marchés boursiers canadiens en 2000, et il se classe quatrième en importance au chapitre des activités en Amérique du Nord, après le New York Stock Exchange (NYSE), le NASDAQ (North American Securities Dealers' Quotations) et le Chicago Stock ExchangeNote 32. En 2000, NASDAQ CanadaNote 33 a été ouvert à Montréal en tant que filiale à part entière du marché NASDAQ de New York. Ce nouveau marché boursier donne aux Canadiens la possibilité d'investir directement du Canada dans l'ensemble des 4100 actions de NASDAQ par l'entremise des courtiers canadiens. Selon NASDAQ Canada, 142 titres canadiens sont inscrits sur le NASDAQ et 42 entreprises canadiennes sont inscrites uniquement sur le NASDAQ américain.
Le Canadian Venture Exchange (CDNX) a été créé en 1999 par la fusion des bourses de Vancouver et de l'Alberta, créant un marché national au Canada pour entreprises de petite capitalisation, avec des bureaux à Calgary, Vancouver, Winnipeg et Toronto. La Bourse de Montréal continue de desservir les besoins des marchés de moindre importance du Québec grâce à une affiliation avec le CDNX.
Le CDNX se spécialise dans le financement des entreprises émergentes et favorise leur croissance de façon à ce qu'elles puissent être promues sur les marchés supérieurs, tels que le TSE. Des appels publics à l'épargne sur le TSE, en 2000, 38 % étaient des entreprises promues du CDNXNote 34. En juillet 2001, le TSE annonçait qu'il allait acquérir le CDNX. Le CDNX a un programmeNote 35 Capital Pool Company (CPC) qui permet l'accessibilité au capital de risque pour les entreprises à un stade précoce, et il est conçu pour augmenter leur visibilité et leur fournir l'occasion de travailler à se tailler une place sur les grands marchés boursiers. Depuis les débuts du CPC, en 1987, plus de 369 millions de dollars en capital ont été recueillis pour des entreprises qualifiées. Les entreprises qui ont suivi le programme CPC ont été de l'avant et elles ont levé plus de 3 milliards de dollars en financement depuis la création du programme. De plus, des 38 % des entreprises qui étaient auparavant sur le CDNX et qui ont procédé à des appels publics à l'épargne sur le TSE, un quart étaient jadis émettrices de titres CPC.
| Secteur | 2000 | 2001 | % de variation |
|---|---|---|---|
| Services financiers | 24 | 33 | 37,5% |
| Mines | 20 | 10 | -50,0% |
| Pétrole et gaz | 3 | 8 | 166,7% |
| Technologie et médias | 35 | 7 | -80,.0% |
| Sciences de la vie | 11 | 5 | -54,5% |
| Produits | 7 | 5 | -28,6% |
| Autre | 1 | 3 | 200,0% |
| Immobilier | 0 | 3 | - |
| Foresterie | 0 | 0 | - |
| Total | 101 | 74 | -26,7% |
Source : PriceWaterhouseCoopers, Enquête sur les premiers appels publics à l'épargne au Canada en 2001http://www.pwcglobal.com
Faits saillants des bourses canadiennes en 2000-2001
Selon une enquête sur les premiers appels publics à l'épargne (PAPE) au Canada en 2001 publiée par Price Waterhouse CoopersNote 36, 74 appels publics à l'épargne ont été effectués en Bourse en 2001, soit une diminution de l'ordre de 27 % comparativement à 2000 (voir le tableau 11). Le secteur de la technologie et des médias a connu le plus grand déclin en nombre de PAPE, soit 80 % de moins en 2001. Le secteur des mines a également vu le nombre de PAPE chuter de moitié, alors que le secteur du pétrole et du gaz a connu une augmentation significative.
Les chercheurs suggèrent qu'en raison des événements du 11 septembre 2001 et du présent ralentissement économique, une accumulation du PAPE pourrait se dessiner à l'horizon, en attente d'un moment d'émission plus opportun. Selon PriceWaterhouse Coopers, les marchés sont « cycliques et imprévisibles » et, en conséquence, les entreprises espérant émettre un PAPE devraient être bien préparées et prêtes à agir rapidement lorsque le marché sera réceptif à leur entreprise et au potentiel de croissance de l'industrie.
En 2001, la valeur totale des appels publics à l'épargne canadiens a diminué de 14 % comparativement à 2000 (voir le tableau 12). Les secteurs les plus durement touchés ont été ceux de la technologie, des médias et des sciences de la vie. En 2001, les appels publics à l'épargne se concentraient principalement sur des secteurs de l'industrie souvent désignés comme « brique et mortier » (c.-à-d. des secteurs traditionnels) dénotant un changement de cap. Nous avons pu noter de fortes augmentations dans le secteur des produits et celui de l'immobilier.
| Secteur | 2000 | 2001 | % de variation |
|---|---|---|---|
| Services financiers | 3 716,8 $ | 4 071,8 $ | 9,6 % |
| Mines | 25,0 $ | 5,9 $ | -76,4 % |
| Pétrole et gaz | 51,1 $ | 22,4 $ | -56,2 % |
| Technologie et médias | 2 682,7 $ | 26,0 $ | -99,0 % |
| Sciences de la vie | 289,3 $ | 30,3 $ | -89,5 % |
| Produits | 40,0 $ | 798,7 $ | 1,896,8 % |
| Autre | 30,0 $ | 416,9 $ | 1,289,7 % |
| Immobilier | - | 505,0 $ | - |
| Total | 6 834,9 $ | 5 877,0 $ | -14,0 % |
Source : PriceWaterhouseCoopers, Enquête sur les premiers appels publics à l'épargne au Canada en 2001 http://www.pwcglobal.com
Marchés boursiers canadiens et américains : premiers appels publics à l'épargne
La recherche indique que les marchés canadiens ont des exigences un peu moins rigoureuses en matière de réglementation que les marchés américains, particulièrement pour les plus petites entreprisesNote 37. Il en coûte considérablement moins, et en temps et en argent, pour les entreprises canadiennes de faire un appel public à l'épargne au Canada qu'aux États-Unis. C'est particulièrement vrai pour les entreprises canadiennes qui
effectuent une émission
d'actions conjointe une émission sur les marchés boursiers canadiens et américains parce
qu'elles doivent avoir des conseillers tant américains que canadiens pour traiter avec une série
d'exigences réglementaires et de processus.
Selon une recherche récente
Note 38, les entreprises qui
font un appel public à l'épargne au Canada ont tendance à être de plus petite taille que leurs
contreparties américaines. Les marchés boursiers canadiens ont des conditions d'inscription
différentes de celles des marchés boursiers américains. Les PME canadiennes continuent
cependant de faire des appels publics à l'épargne aux États-Unis, soit conjointement avec une
Bourse canadienneNote 39 ou soit uniquement aux Etats-Unis. Cela laisse croire que d'autres facteurs,
tels que la taille des marchés américains, pourraient permettre un accès plus facile au capital et annuler les avantages d'un appel public à l'épargne au Canada.
Quand elle lance un appel public à l'épargne, une entreprise doit s'attendre à ce que ses actions soient émises au-dessous de leur valeurNote 40. Il peut y avoir des raisons expliquant cette situation, y compris l'intérêt des placeurs (les courtiers et les agents de placement) de s'assurer de vendre la totalité des actions émises dans les plus brefs délais possibles. Cela crée une tension entre la nécessité pour l'entreprise d'obtenir un prix suffisamment élevé qui fournira assez de capital pour répondre à ses exigences de croissance et les intérêts de l'agent d'investissement qui essaie d'obtenir un prix assez bas pour garantir un vaste intérêt chez les investisseurs et une souscription complète. C'est ce qui explique que la sous-évaluation d'un appel public à l'épargne soit une caractéristique commune à tous les marchés des capitaux publics.
De nombreuses études ont conclu, par ailleurs, que le prix des actions émises par la voie d'appels publics à l'épargne a tendance à être moins sous-évalué sur le marché canadien que sur d'autres marchésNote 41. Cela peut s'expliquer en grande partie par l'influence ou l'agressivité des investisseurs de grandes institutions sur le marché américain, ce qui entraîne des évaluations inférieures et une sous-évaluation plus importante des nouvelles actions émises sur le marché américain. Ces investisseurs dominent le marché des nouvelles émissions. Ils sont intéressés à les voir émises en-dessous de leur juste valeur, puisque cela les aide à relancer leurs portefeuilles au fur et à mesure que le marché ajuste le prix à la valeur réelle des actions à la suite de l'émission. Bien que les investisseurs institutionnels soient également des joueurs importants sur le marché canadien, ils n'exercent pas le même degré d'influence qu'aux États-Unis. Étant donné la plus grande sous-évaluation des émissions sur les marchés de capitaux publics aux États-Unis et les coûts accrus associés à l'émission d'un appel public à l'épargne canadien aux États-Unis, il pourrait sembler paradoxal que les entreprises canadiennes continuent d'y émettre. Cependant, ce choix est vraisemblablement moins dicté en fonction des structures réglémentaires ou du degré de sous-évaluation des émissions qu'en fonction des conditions relatives du marché. D'après les recherches récentesNote 42, il pourrait s'agir d'une question stratégique : l'entreprise chercherait non seulement à attirer les investisseurs, mais aussi à obtenir une plus grande visibilité parmi les consommateurs potentiels et les partenaires stratégiques sur le marché principal. Cela peut être aussi une fonction des différentes conditions des marchés de capitaux de risque au Canada et aux États-Unis. Par exemple, cela pourrait refléter la capacité du marché à absorber l'appel public à l'épargne. Étant donné les tailles relatives des marchés canadien et américain, un appel public de très grande importance, selon les normes canadiennes, pourrait n'être que de petite ou moyenne importance aux États-Unis où il peut être aisément accommodé, alors qu'il serait considéré trop risqué sur le marché boursier canadien. Pareillement, le marché canadien peut percevoir une « surabondance » d'appels publics à l'épargne dans un secteur particulier à un moment précis. Le même nombre d'appels publics dans le même secteur d'activité aux États-Unis pourrait être perçu très différemment. D'autres conditions du marché pourraient aussi contribuer à rendre les marchés américains de capitaux plus attrayants que le marché local pour un émetteur canadien à certains moments. En effet, il pourrait y avoir plusieurs autres facteurs qui contribuent à ce choix; des études plus approfondies seront nécessaires pour fournir une réponse définitive. Des recherches supplémentaires pourraient être effectuées par le Programme de recherche sur le financement des PME pour fournir un aperçu des avantages et des inconvénients relatifs à l'endroit où une entreprise effectue son appel public à l'épargne.
31. E. Wayne Clendenning & Associates, Issues Surrounding Venture Capital, Initial Public Offering (IPO) and Post-IPO Equity Financing for Canadian SMEs, 2001, exécutée par Industrie Canada.
32. Le Toronto Stock Exchange, http://www.tse.com
33. Pour des détails supplémentaires sur le lancement de NASDAQ Canada, visitez le site Web http://www.nasdaq-canada.com/
34. Le Canadian Venture Exchange, Facts at a Glance, http://www.cdnx.com.
35. Pour plus d'information sur le Programme Capital Pool Company, visitez le site Web http://www.cdnx.com/Listing/MarketingPubs/CPCBrochure.pdf
36. Source : PriceWaterhouseCoopers, Enquête sur les premiers appels publics à l'épargne au Canada en 2001 http://www.pwcglobal.com/
37. Le Conference Board du Canada, Going to Market : The Cost of IPOs in Canada and the United States, juin 2000. Par sous-évaluation, on entend que le prix d'émission initial des actions n'est pas égal à la valeur comptable complète de l'entreprise tout au moins comme le perçoivent les propriétaires actuels.
38. E. Wayne Clendenning & Associates, Issues Surrounding Venture Capital, Initial Public Offering (IPO) and Post-IPO Equity Financing for Canadian SMEs, 2001, commandée par Industrie Canada.
39. Selon la récente enquête sur les appels publics à l'épargne effectuée par Price WaterhouseCoopers, en 2000, deux entreprises canadiennes étaient exclusivement inscrites sur le NASDAQ, comparativement à trois en 1999.
40. Selon le Conference Board du Canada et Vijay Jog, la valeur au-dessous de la moyenne d'un appel public à l'épargne est l'une des caractéristiques de tous les marchés financiers.
41. Vijay Jog, Canadian IPO Environment in the 1990s, mars 2001.
42. E. Wayne Clendenning & Associates, Questions relatives au financement par capital-risque, par placement initial de titres (PIT) et par placements subséquents de titre (post-PIT) des petites et moyennes entreprises canadiennes, 2001.