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Le financement des PME au Canada, 2002 — Partie I : Capital de risque

Rôle du financement par capital de risque

La création et la croissance d'une PME reposent habituellement sur plusieurs étapes de financement qui impliquent chacune divers instruments selon le type d'entreprise, ses perspectives de croissance, les conditions du marché, et bien d'autres facteurs encore. Bien que l'emprunt soit la forme de financement externe la plus communément recherchée par les PME canadiennes, aucune entreprise ne peut être financée uniquement par des dettes. Toute entreprise a besoin de fonds propres provenant d'investissements personnels des propriétaires de l'entreprise, par un investissement de revenus sous forme de bénéfices non répartis ou des investissements sous forme de capital de risque effectués par des tiers qui deviennent ainsi copropriétaires de l'entreprise.

Le sain financement d'une entreprise se traduit par un équilibre entre la dette et les fonds propres selon les revenus que l'entreprise est susceptible de produire. Ainsi, une entreprise à faible risque et à rentrées d'argent prévisibles peut davantage se permettre de s'endetter qu'une entreprise ayant des rentrées de fonds variables et volatiles. L'avantage de la dette est qu'elle n'oblige pas l'entrepreneur à abandonner sa qualité de propriétaire; son inconvénient est qu'elle s'assortit normalement d'un plan fixe de remboursement, qui ne tient pas compte des performances de l'entreprise. Si une entreprise est incapable d'honorer ses échéances mensuelles, elle se retrouve en défaut. Les prêteurs sont généralement peu enclins à accorder des prêts à des entreprises en démarrage ou jeunes, qui n'ont pas encore fait leurs preuves, parce que leurs rentrées de fonds sont difficilement prévisibles. Au cours des premières étapes du développement d'une entreprise, il est probable qu'une grande part de son financement se fasse sous forme de capital de risque : participation personnelle de l'entrepreneur, bénéfices non répartis et sommes prêtées par les proches. Le capital de risque est une forme plus « patiente » de capital de financement, du fait que les rendements sont directement liés aux gains de l'entreprise.

Le financement par capital de risque est particulièrement important pour les entreprises fondées sur le savoir. Ces entreprises, particulièrement à leurs débuts, ont typiquement peu d'immobilisations pouvant constituer une garantie pour les prêteurs éventuels. Si une entreprise met au point un produit ou un service qui prendra du temps à être commercialisé, l'endettement n'est généralement pas un bon choix de financement du fait que l'entreprise n'a pas les moyens de payer des intérêts tant que le produit ou le service n'est pas mis en vente. En effet, une dette figurant au bilan peut être un facteur déstabilisant pour une telle entreprise. Il en découle que le capital de risque est habituellement le mode de financement le plus approprié dans ce cas.

Les entreprises à croissance rapide doivent souvent envisager faire appel à des investisseurs externes en capital de risque. Il s'agit là d'une décision cruciale de la part de l'entrepreneur car, surtout aux premiers stades de la croissance de l'entreprise, les investisseurs externes ont tendance à vouloir jouer un rôle actif dans la gestion. Pour cette raison, la grande majorité des entrepreneurs décident de ne pas franchir ce pas et préfèrent une croissance plus lente. En revanche, ceux qui décident de faire appel à des investisseurs externes choisissent souvent de s'adresser d'abord à des investisseurs informels (que l'on appelle aussi anges investisseurs ou investisseurs privés) et qui sont des particuliers qui font des investissements relativement modestes dans des entreprises privées ayant un fort potentiel de croissance.

Les entreprises qui réussissent bien dépassent rapidement les capacités des anges investisseurs à fournir les capitaux nécessaires à leur croissance et sentent le besoin d'aborder le second niveau de financement par capital de risque, celui du marché du capital de risque. Il faut noter ici que très peu d'entreprises font appel à cette forme de financement. En 2001, par exemple, il n'y a eu que 1 077 financements avec capital de risque que se sont partagées 818 entreprises au Canada. Ces entreprises comptent cependant parmi les plus importantes pour l'avenir du pays, car elles ont le potentiel de croître de façon exponentielle et de devenir les grandes entreprises de demain. Ces entreprises qui se développent ainsi avec succès grâce à des investissements risqués sont généralement cotées en bourse et obtiennent des capitaux de risque supplémentaires en procédant à des appels publics à l'épargne.

Dans la prochaine section, le présent rapport examine l'état du marché du capital de risque au Canada, en 2000. Il faut cependant noter que ce rapport n'aborde pas deux des plus importantes sources de capital de risque : les investissements personnels faits par les entrepreneurs dans leurs propres entreprises et les bénéfices non répartis. Ces sources feront l'objet d'études ultérieures.