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Le financement des PME au Canada, 2002 — Partie I : Financement par emprunt

Demande de financement par emprunt : facteurs contributifs

En 2000, une majorité d'entreprises – 77 % – n'ont fait aucune demande d'empruntNote 3, et près de 90 % de ces PME affirment qu'elles n'ont pas eu besoin de prêts additionnels au cours de l'année. Une enquête récente réalisée par la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI)Note 4 indique que les instruments d'emprunt constituent la forme la plus courante de financement utilisée par les PME. Parmi lesinstruments les plus fréquemment utilisés, on retrouve dans l'ordre : les marges de crédit (dette à court terme), les prêts aux entreprises (prêts à vue ou à court terme), les hypothèques commerciales et les prêts ou hypothèques personnels (dette à long terme).

L'Enquête sur le financement des petites et moyennes entreprises révèle que 23 % des PME ont demandé une forme quelconque de prêt en 2000. Elle révèle également que le modèle de demande de prêt pour les divers types d'instruments d'emprunts varie selon les industries, la taille des entreprises et les régions. Il pourrait également y avoir un modèle variable d'autorisation de prêtsNote 5. Les résultats de cette enquête, qui indiquent que moins du quart des PME ont fait une demande d'emprunt en 2000, corroborent d'autres études récentes qui révèlent une diminution des demandes de financement par emprunt chez les PME. La FCEI indique qu'il y a eu une « tendance constante à la baisse [des demandes de financement par emprunt de 1987 à 2000] qui ne semble pas liée au cycle économique ».

L'étude du Conference Board du Canada, A Changing Demand for Debt FinancingNote 6, indique que les prêts non remboursés inférieurs à 1 million de dollars représentaient 69 % des montants autorisés en 1995, et 67 % en 1999, ce qui permet de croire que les emprunteurs ont mis davantage l'accent sur le remboursement des prêts en cette période de reprise économique. Voici d'autres facteurs qui ont pu contribuer à ce phénomène :

  • l'utilisation accrue des bénéfices non répartis;
  • l'utilisation accrue du financement par crédit-bail;
  • une barrière imaginaire ou réelle quant à l'accès en raison des pratiques d'évaluation du crédit déterminées par les principaux fournisseurs de prêts;
  • le fait que les plus grandes institutions transfèrent plusieurs de leurs clients des PME des divisions bancaires commerciales à leurs divisions des services bancaires aux particuliers.

Un certain nombre de facteurs déterminent le modèle de demande de prêt. Dans les chapitres suivants, on passera en revue les pratiques d'emprunt des PME canadiennes dans différents contextes selon le secteur industriel, la région, les caractéristiques démographiques des propriétaires et d'autres caractéristiques. Le rapport ne comporte pas d'analyse de causalité pour expliquer les résultats qui sont présentés. D'autres études aborderont ces questions plus tard.

  • Structures économiques régionales : La structure économique des régions du Canada varie de manière considérable, certaines s'appuyant largement sur l'agriculture et les industries primaires et d'autres, davantage sur le secteur manufacturier, celui des services ou sur les entreprises fondées sur le savoir. Puisque ces secteurs industriels ont des besoins financiers profondément différents, les différences régionales observées à l'égard des services financiers peuvent être principalement reliées à la structure de l'économie régionale ou provinciale. Par exemple, le Manitoba et la Saskatchewan dépendent plus largement de l'agriculture que les autres provinces (le tableau 17 fournit une vue détaillée de la contribution d'une gamme d'industries variées dans les régions du Canada). Les besoins de crédit sont, de façon générale, plus grands dans le secteur agricole et, en raison de la nature des actifs qui sont financés, le taux d'approbation des demandes de crédit est plus élevé. Les différences régionales observées entre le Manitoba et la Saskatchewan et les autres régions ne sont donc pas le résultat de facteurs spécifiques du comportement des institutions financières de ces provinces, mais plutôt le résultat de l'importance de l'agriculture dans leurs économies.

  • Structure de l'industrie des services financiers : Une vaste gamme de sociétés offrent des services financiers partout au Canada et leur répartition varie de manière considérable. Cela s'explique en partie par la structure économique régionale : certains fournisseurs de produits financiers ont tendance à se spécialiser dans certains secteurs d'activités. Par exemple, les coopératives de crédit ou les caisses populaires sont historiquement liées à l'agriculture et, par conséquent, aux régions agricoles. (Cela ne signifie pas que ces fournisseurs ne traitent qu'avec des cultivateurs ou qu'on ne les retrouve que dans les régions agricoles, mais que, proportionnellement, une plus grande partie de leurs affaires s'effectue dans ce secteur et dans ces régions.) Les principales banques à charte sont plus actives dans les marchés urbains, et particulièrement en Ontario et au Canada atlantique.

  • Rendement économique : À un moment donné, le niveau de rendement économique des régions et des secteurs de l'économie varie. Cela peut contribuer à expliquer les différences de comportement tant des utilisateurs que des fournisseurs de services financiers dans l'ensemble du pays. Le tableau 18 présente les taux récents de croissance du PIB pour les régions du Canada.

  • Changement des stratégies d'affaires et autres sources de financement : Dans l'économie canadienne et le dynamique secteur des services financiers, de nouvelles approches et de nouveaux services financiers sont constamment à l'essai. Cela pourrait affecter les modèles traditionnels observés, par exemple, entre la croissance des petites entreprises et les montants des prêts à terme en cours. Le secteur des entreprises fondées sur le savoir, qui accuse un manque relatif de biens durables, constitue un défi pour le système financier qui a traditionnellement traité avec des produits comportant des actifs tangibles. Les entreprises fondées sur le savoir ont souvent besoin de capital de risque, sous forme d'investissement en actions, plutôt que d'emprunts. Au cours des dernières années, le crédit-bail est devenu la forme la plus populaire de financement, et cette situation semble vraisemblablement influencer la demande pour d'autres services financiers. Les cartes de crédit et d'autres instruments à court terme sont aussi utilisés de manière accrue par les petites entreprises. Ce sont là des développements complexes qui profitent vraisemblablement à certaines entreprises et qui en désavantagent d'autres. Un des objectifs du Programme de recherche sur le financement des PME est de documenter ces tendances de sorte que l'on puisse tirer des conclusions sur l'incidence de ces changements.

3. L'enquête sur le financement des petites et des moyennes entreprises, 2000 de Statistique Canada demandait aux entreprises d'indiquer leur dernière demande de prêt en 2000. Il est important de noter que les statistiques présentées dans le présent chapitre n'incluent pas les entreprises qui planifiaient un démarrage et qui ont échoué, ou celles qui ont cessé l'exploitation, soit en 2000 ou par la suite.

4. Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, Investir dans l'entreprenariat, mars 2001. http://www.fcei.ca/

5. Le terme « autorisation de prêt » réfère au montant maximum d'argent qu'un fournisseur de services financiers accepte de fournir à un client. Il ne faut pas confondre avec la notion de prêt encours, qui s'applique au montant réel d'une dette due à un fournisseur à un moment donné.

6. Conference Board du Canada, A Changing Demand for Debt Financing?, janvier 2001.